Éclat de granit expulsé, propulsé, jaillissant des brumes auréolées de tant, de légendes. La dent dure parfois, souvent froid et coupant, mais toujours résistant. Caressé par la bruine ou battu par des tempêtes hargneuses, têtu, rebelle et insoumis, j'ai taillé mon portrait dans cette matière dangereuse qu'est la liberté.
Le ressac m'a balloté, les déferlantes m'ont rossé, les marées d'équinoxe m'ont torturé. Projeté par des lames de fond j'ai arpenté le chemin des douaniers. Écarté par une main rageuse ou chassé par un pied virulent, rejeté à la mer par un randonneur boitillant. Petit caillou, à la pleine lune découvert sur l'estran, ramassé par un enfant pour sa collection. Balancé un peu plus tard pour cause de blessure, gisant, rougi, mais intègre . Que de fortunes de mer!
D'autres vagues formées aux vents d'Iroise m'ont ranimé, petit ver luisant de mica et de quartz. Je ne serai jamais ciselé, affûté en diamant, pendentif au cou d'une princesse voïvode. Sur aucun monument , pas une gargouille ou même un angelot , un agile ciseau ne transmettra la folie de l'artiste. Ne finirai non plus en presse papier sur la table d'un écolo rebelle, projectile éventuel d'une fronde libertaire traçant une trajectoire parabolique pour une utopie de plus.
Une chose pourtant, une prière si j'en suis capable; que mon destin ne ressemble en rien à celui d'un galet! Roulé, poli à l'émeri de ses semblables, agrégé par obligation, enrôlé aux galères. Non je n'échouerai pas en bordure dans un jardinet de banlieue. Nulle promenade côtière ne me figera dans la laideur du béton. Je flirterai toujours avec la bruyère et l'ajonc. La brise du large déposera des perles iodées chargées de rêves. Je m'imaginerai joyau d'un couronne perdue,transfuge d'un coffre malouin, pierre précieuse déchaînant tous les vices. Un petit coin de lande sera mon ermitage. Je finirai là sur une stèle sommaire, sans croix et sans bannière. Gemme anonyme, libre au vent...