5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 15:19

J'avais longtemps comme tant d'autres Brestois moqué sans vraiment les connaître ces fameux "ouvriers du port".Puis sans enthousiasme,il faut le dire poussé par ma mère,je rejoignis cette communauté.Ici, bien des pratiques que je jugeais limites ne semblaient émouvoir personne ,si ce n'est bien sûr la hiérarchie,qui sans fermer les yeux,ne cherchait pas la petite bête.Les seuls cas réprimandés ,quoique dénoncés à la gendarmerie maritime par quelque jaloux en mal d'avancement,n'en vinrent jamais au tribunal.Au fil des années le sentiment  de travail occulte touts azimuts se confirma.Etant gosse j'avais bien remarqué sur les vélos les porte bagages en acier inoxydable,dans les jardins des outils et ustensiles inconnus en "ville".Mais de là à imaginer une pratique pour certains quasi journalière ...Ici on vivait avec son temps,quand "Canal" nécessitait une antenne particulière,elle fut copiée,peut-être même améliorée par ces petits génies espiègles de l'arsenal.Des tonnes de tôle d'acier inoxydables connurent un destin bien éloigné de leur programme initial,glissées sur le tablier de la cisaille en mode automatique,coupées en lamelles,puis à la longueur voulue,ébarbées,polies,sur un moule dédié enroulées comme un anneau de clé et enfin torsadées, elles devenaient d'élégantes brochettes .Je me souviens d'un chef d'équipe soudeur qui en fit une commande surréaliste.Sa belle-sœur poissonnière les écoulait avec les St Jacques .Puis vint à l'initiative d'un compagnon nostalgique de sa campagne outremer (Diégo Suarez à la bouche et dans les yeux),la fabrication du four dit"malgache",un petit barbecue d'une efficacité sans pareil.Combien de commandes ...des portails,des tables en fer forgé,des canots en bois ou en "alu".L'apothéose fut je crois la réalisation en pièces détachées d'un prototype de catamaran à hydrofoils,dessiné par un ingénieur fou de voile .La base de vitesse de Brest donnait aux casse-cou,l'occasion d'expérimenter leurs engins.Comment refuser à un chef de chantier (on disait 5 galons)disposant à son gré de la notation .D'ailleurs ce n'était pas une demande,mais bien une commande à satisfaire   Il faut souligner le savoir faire de ces riches ouvriers dont les mains habiles  n'avaient d'égales que les langues agiles à la critique acerbe .Et tout ce petit monde initié à la "bricole",le gendarme sollicitant la réparation pour son "6 m"d'une pièce défectueuse,les "margats"(marins de la direction du port)qui contre boire et manger se laissaient aller à des extravagances(ainsi en avais-je remis un à sa place ),etc ...dans tous les services chantiers et ateliers ne se privait pas .Ici tout était possible !La palette des métiers était telle;du bourrelier au forgeron en passant par le scaphandrier ,l'informaticien ou le dessinateur et ceux qui s'appelaient avec une pointe d'humour et de fierté :les "chaudronologues".Enfin comme me l'avait ironiquement souligné un cadre quand je l'alertait sur les dérives d'un fainéant notoire:" que veux-tu,il profite du système".Alors en gros ,ferme ta gueule tu me feras des vacances !Ainsi allait la vie sur les bords de la Penfeld,tranquille et sans états d'âme.

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