12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 12:24

Peu à peu les chats avaient investi une place bien plus grande que n'aurait jamais prise l'enfant désiré . Nul enfant roi n'aurait rythmé à ce point la vie de ce royaume !Ainsi cette maison ronronnait sous une dictature à poil .La politesse des rois dégénérait en une pathologie inquiétante .Tout retard ,tout débordement de nature à perturber le régime alimentaire de la ménagerie déclenchait l'irritabilité du soigneur .A peine levé le retraité de l'Arsenal s'inquiétait du bien-être de ses petits protégés qui à force de soins et d'attentions proliféraient alentour au grand dam des voisins. Reclus, cet ex leader cégétiste, comme mutilé ,orphelin de ses prérogatives, avait dégringolé l'estrade .La cinquantaine venue,une femme pourtant l'avait arraché au célibat auquel il était voué et il en accepta l'augure lumineuse .Voilà que le ciel faisait un cadeau inespéré à ce laïcard intransigeant .Ne s'était-elle pas jetée à son cou le jour même de la cérémonie funèbre accompagnant son défunt mari vers sa dernière demeure alors que le défilé des condoléances s'achevait dans les pleurs . Fallait-il qu'il estimât feu son ami pour entrer dans une église!Sans défense devant cet assaut aussi surprenant qu'incongru il ne réfléchit pas longtemps ,à bas les convenances ,foulés aux pieds les principes qu'ils défendait bec et ongles depuis des décennies, !Sa vie allait enfin commencer !Longtemps il avait brandit l'étendard du prolétariat ,ayant pour seule famille ses ardents camarades du "plateau" ,des rouges pour qui il aurait donné son sang.Mais voilà une filiation se profilait et un transfert s'opérait ,hélas le négociateur pragmatique souvent à l'honneur qu'il fut longtemps se heurta à une fin de non recevoir.N'avait-elle pas souffert d'une première grossesse vingt-cinq ans plus tôt?Elle la beauté,l'élégante poupée de cire et de son avait donné,puisque c'était une condition à la solidité du couple et donc son assurance sur la vie , une fille à son homme ,un point c'est tout !A quarante-six elle n'allait tout de même pas se faire violence pour donner un héritier à un compagnon de fortune qui certes lui offrait un minimum de confort matériel,mais il n'était pour elle qu'une caution alimentaire.

~Archétype de la femme à marin si connu dans la région brestoise ,non seulement le prestige de l'uniforme, dans sa candeur l'avait faite rêver,mais elle s'était essayée au bras de son militaire dans ses belles toilettes à ressembler à ces femmes d'officiers qu'elle chaussait dans le magasin qui l'employait avant son mariage.Avec de l'assurance sa classe naturelle l'aurait propulsée sans le moindre effort dans la lumière des podiums ou sur le papier glacé des magazines de mode,mais elle manquait de moelle et puis elle n'avait pas fait "La Rencontre".Vivotant donc dans l'ombre de son "rescapé" d'Indochine,un infirmier de marine,elle n'avait aspiré à guère plus que le gîte,le couvert et quelques facilités ménagères pourvu qu'on lui épargnât le labeur quotidien à l'usine ou au bureau.Le cours ménager qu'elle avait suivi assidûment en compagnie des jeunes filles de son âge à l'école religieuse St Joseph lui donnait avec son habileté intrinsèque ,lorsqu'elle était décidée, quelques satisfactions.Bonne couturière ,tricoteuse hors pair,elle aurait fait le bonheur d'un créateur de mode si ce n'était l'atonie dans laquelle elle baignait .La voilà , son mari décédé,dans une panique noire,petite coquille de noix sans capitaine.Le "mousse"s'étant embarquée voilà quelques années avec un jeune loup même pas marin, elle se trouve seule face à un océan d'incertitudes.Son instinct de survie la jette donc dans les bras solides de ce célibataire si serviable que son défunt encensait .N'est -il pas le défenseur opiniâtre des égarés du système?

~Passé l'euphorie du soudain veuvage,claqué le petit capital refusé par sa fille encore aimante malgré la trahison ,elle s'est enfermée dans une impasse au Conquet ,charmant petit port en mer d'Iroise.La voilà remariée;la dépouille encore fumante de son quartier-maître chef préféré ne semble guère encombrer ses pensées,si ce n'était le corps sec et nerveux qui la collait lors de leur ébats amoureux qu'elle oppose à l'anatomie trapue et pataude qui lui pèse aujourd'hui sur les reins comme une offense à sa féminité.Non mais franchement vouloir ensorceler Circé avec ces pattes d'ours !Mal léché il restera à jamais un ours mal léché !

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Published by gilbertilo
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commentaires

Pierrette Richard 16/03/2015 21:24

Bonsoir,
J'aime beaucoup ce texte...
Ah les femmes...j'aime les marins, mais je ne leur sacrifierai pas ma liberté....,-)

gilbertilo 16/03/2015 22:22

Oh cette femme ne s'est pas sacrifiée !Elle s'imaginait sortir de sa situation précaire ,issue d'une famille nombreuse elle ne voulait surtout pas reproduire l'image de sa mère .Le travail à l'extérieur ne la tentait pourtant pas .Veuve à 46 ans elle s'est jetée dans les bras du meilleur ami de son défunt mari.

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